Le constat est clair et sans appel, le « pôle » gauche, l’USFP en tête, est le grand perdant des dernières communales. Quoique l’on peut dire, quoique l’on peut creuser encore sur les circonstances « mafieuses » et anti-moderniste des agissements des adversaires, il n’est nul doute que la gauche a perdu. N’en déplaise à tous, non seulement la gauche partisane qui a perdu, mais tout l’idéal de gauche, même ceux qui ont « ce cœur à gauche », et toute l’aspiration progressiste sortent perdants des dernières consultations.
Observations générales sur le scrutin.
Avant de me lancer sur les raisons intrinsèques de l’échec mon parti, l’USFP, de ma famille idéologique, la gauche, je souhaite, objectivement, revenir sur l’atmosphère générale qui régnait durant toute la période des élections.
Il est trivial que les marocains ont été un peu plus nombreux à voter comparativement avec 2007. Ce constat peut être réconfortant si l’on omet de rappeler que plus de 2 millions ont été rayé des listes électorales. Ce qui ramène le taux de participation, en tenant compte de la liste de 2007, de 52 à 46%. Aussi, faut-il rappeler que 130.000 candidats mobiliseraient un peu plus, ne serait-ce que leurs propres familles, que les 6.000 candidats à la députation. Ajoutez à cela la mobilisation frauduleuse des intermédiaires des candidats, cela fait que le taux n’a pas été élevé comme le souhaitaient les plus optimistes des marocains.
Abstraction faite de cette micro-analyse, il est communément admis que la moitié des inscrits sur les listes n’ont pas voté ! Pourquoi ? personne n’a donné une explication convaincante, tout comme en 2007. L’utilisation massive de l’argent ( les exemples ne manquent pas et les rapports d’observation des différents organismes en attestent ), l’abus de pouvoir, l’utilisation des moyens de l’Etat, … sont d’autres phénomènes qui ont entaché le déroulement du scrutin.
Sur un autre registre, et sans rappeler nos divers écrits sur le sujets avant même le scrutin, un parti, qui sort du plein pouvoir de l’Etat, constitué en moins d’un an présente le plus grand nombre de candidat et rafle la première places en terme de nombre de conseillers communaux ! Du déjà vu, aux années 60, 70, 80, … c’est une pratique que nous avons crue révolue. Constituer un « parti » avec des « potentialités » de gauche, puis mandater des candidats, bien rôdés aux magouilles électoraux, pour enfin gouverner, est un « navet » dont les marocains n’ont plus besoin de regarder. Dans ce contexte, notons ce que relève le forum civil démocratique marocain dans son rapport d’observation : « De ce point de l’arrivée sur scène d’un nouveau parti a constitué un fait majeur sur lequel s’est articulé de larges pans de la vie politique courante. Le nouveau venu a mené une action de construction organisationnelle à l’échelle nationale à l’occasion de la dernière échéance électorale, dépassant ainsi les enjeux locaux de cette dernière. La question de savoir s’il s’agit d’un nouveau FDIC, d’un nouveau RNI, d’une nouvelle UC est largement posée. En même temps celle de savoir s’il ne constitue pas un phénomène inédit dans le contexte marocain, une initiative d’un type nouveau a également été invoquée. Il n’est pas de réponse convaincante pour l’heure à ces hypothèses. De même il n’en est pas concernant la proximité de cette nouvelle organisation par rapport à l’Etat: s’agit-il du produit de la recherche par l’Etat d’un soutien organisée, de nature politique, face aux dangers et menaces qui guettent l’ordre marocain ? N’est-il pas le produit de l’affaiblissement actuel des partis politiques ? N’est-il pas non plus une simple tentative du régime de se doter d’une base indépendante ? La phase à venir apportera sans doute des éléments de réponse à ces interrogations. » Tant de questions auxquelles l’intelligentsia marocaine est amenée à répondre !
Une autocritique !
J’ai été candidat dans la liste USFP de l’arrondissement de roches-noires à Casablanca. Bien que nouveau dans la section ( y habite depuis 3 ans, au bureau de la section depuis moins d’un an ), et réticent de nature quant aux consultations populaires ( croyant n’ayant pas le profil idoine ), j’ai été amené à déposer ma candidature par manque de candidature et par précaution, étant membre du bureau ( Nous avions reçu 16 candidatures pour une liste de 13 ). On ne peux pas être moine, non pratiquant. Passé de la 13ème à la 8ème puis à la 3ème place, nos listes, à l’instar de toutes les listes du parti à travers le Maroc, se faisait et se défaisait. J’ai cru bien faire, et je le croix toujours, en me mettant sur la liste de mon parti, mettant en évidence un profil de jeune, de cadre, … que je suis, en lequel pourrait s’identifier une jeunesse en mal de vote. Faisant aussi fi à tous les récalcitrants, de ma candidature, de celle des autres co-listiers. Cela est devenu coutume dans le parti de la rose, tu portes X tête de liste, alors Y range la moitié des militants contre lui, dans une campagne adverse. La liste n’a été finalisé qu’une journée avant la campagne, comme toutes les listes du parti, alors que les adversaires étaient préparés bien longtemps.
Nous avons passé une campagne sereine, parlant avec les habitants du quartier, exposant un programme détaillé, chiffré et budgétisé, ayant un franc parler, … les concurrents, certains bien connus ont engagé une armada « d’ouvriers de campagne » balançant des tracts partout et s’adonnant à de frauduleux agissements. Je faisait ma campagne dans un bidonville, un de ceux que l’on a crée durant les années où l’Etat peuplaient les villes par une armée de votants dociles. Il n’est nul malheur que de voir des gens, marchander la misère de ces habitants, à qui, malgré tout, notre message était incompréhensible.
Ayant, pour un moment, cru que sans projet politique national clair, sans travail quotidien de proximité, sans un parti en bonne santé organisationnelle, il suffisait de rencontrer les citoyens, en exhibant son intégrité, sa jeunesse, son programme local, … faisant fi des enjeux nationaux, des circonstances politiques, de l’utilisation massive de l’argent, …, ayant cru, naïvement, en cela, j’ai eu tort. C’est une erreur politique !
Malgré toute la bonne foi expiant l’interprétation et le devoir militant, un acteur politique se doit d’avouer son échec quand il se produit, à reconnaître l’erreur. Le résultat est sans appel : 0 siège, 593 voix sur 12300 votants parmi 61000 inscrits. Un échec cuisant.
L’USFP, les dinosaures sont appelés à partir !
Tout a commencé en 2002. Cette date marque, politiquement, un grand tournant dans la vie du parti de la rose. Le Roi a choisi de remplacer le socialiste Abderrahmane Youssoufi, alors premier ministre de l’alternance et de la transition démocratique, par Driss Jettou, technocrate, alors que l’USFP était classé 1er aux élections législatives. Le parti réagit durement en se révoltant dans un fameux communiqué sur le non respect de la « coutume démocratique », mais se contredit le lendemain par l’acceptation de la participation dans un gouvernement sans teneur politique. Les conséquences politiques se suivent et se ressemblent. Le parti, pourtant favoris par les votes en 2003, à l’occasion des communales, se voit écarté encore une fois de la gestion des grandes villes ( Casablanca, Rabat, … ). 4 ans durant, les « leaders de parti » chantaient l’harmonie, répétaient à qui veut l’entendre que « le makhzen est mort », … pour arriver à un séisme politique en 2007. Tempête au sein de la formation qui a fait que le congrès ait duré en souffrance. 2009 a été la dernière gifle pour les dinosaures. L’appareil affaibli à coup de mouvements organisationnel : listes des élections 2007, congrès, réoganisation des sections, choix des listes, …
Les gestations de la crise n’ont cessé de s’accumuler. Lutte interne pour la préparation d’un congrès, passé dans la douleur, élection des congressistes, … puis le congrès semble bien faire le diagnostic. Un appel sans appel à « une monarchie parlementaire ». Abdelouahed Radi promu à la tête de la formation de Bouabid avait promis aux militants de démissionner de son poste ministériel pour s’occuper, à plein temps, de la refondation du parti. Un peu plus d’un mois passé, le Roi le « félicite pour la confiance placée en lui par les militants de l’USFP pour son élection » et « Après avoir rappelé le contexte de la candidature et de l’élection de M. Abdelwahed Radi à la direction de l’Union socialiste des forces populaires, SM le Roi, que Dieu l’Assiste, a demandé à M. Abdelwahed Radi de continuer à assumer ses fonctions pour s’acquitter de la tâche de réforme profonde de la justice » ( communiqué Map ), chose que Radi acceptera contre sa promesse aux militants et ne démissionnera de son poste de chef des socialistes. Signe après signe, les vieux routiers du parti déçoivent !
La gauche, les « forces populaires » et les prolétaires.
J’ai été toujours fasciné par Marx, par cette théorie de classes et par sa description du « capital ». J’ai longtemps débattu avec mes camarades de gauche sur comment avoir une description marxiste du Maroc. Je ne comprends pourtant jamais comment la classe la plus défavorisée de notre pays, s’allie avec la classe qui l’exploite. Comment se fait-il par exemple, qu’au niveau de la province de Hay Mohammadi Ain Sebaa, jadis bastion de la gauche, de l’USFP en particulier, et emblème de la résistance aux années de plomb, également de la résistance contre l’occupation française, les trois premières formations sont successivement l’UC, le RNI et le PAM ? J’avoue que la gauche, pas seulement marocaine, manque gravement d’outils nouveaux d’analyse.
Pour justement revenir à cette débâcle de la gauche dans les grandes cités du Royaume, il faut certainement regarder l’état des formations de gauche. Premier constat, il y en a plusieurs ! Plusieurs militants qui oeuvrent au sein de ces mêmes formations à un travail commun, et ont même appelé à une candidature commune. En vain. Les ego ont triomphé sur l’idéal. La gauche est en train de se transformer à un grand salon de débat, stérile, improductif et sans orientation ni projet !
Dans les grandes villes, la gauche sort perdante. Les villes et les citadins ont changé, alors que la gauche n’a pas suivi. Il est temps de tout recomposer dans cette gauche, toute entière.
En effet, la déconfiture de la gauche, la seconde gifle, … sont autant de facteurs qui devraient pousser les derniers récalcitrants et douteux à adhérer à l’idée du rassemblement de la gauche. Cette dernière, toute rassemblée, a obtenu 1.356.088 voix, soit 19,37 % du total des voix, dépassant de 3 points le premier parti en terme de voix !
Qu’on se rassemble, ou qu’on arrête !
Mounir BENSALAH.
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