Le Maroc a déclaré officiellement, juste après les élections législatives de 2007, l’achat d’un TGV français. Les circonstances de cette affaire(i) ont crée une grande polémique et ont incité certains à dénoncer avec l’argument(ii) « que même en occident, ce moyen de transport moderne est considéré comme socialement inéquitable, puisque seuls les plus aisés peuvent se permettre de l’emprunter ».
Quatre ans après, il est utile de voir comment ont évolué les choses.
I. Ligne Grande Vitesse Tanger-Casablanca
Situation géographique :

La ligne Grande vitesse Casablanca-Tanger(iii) a pour objectif de réduire la durée du trajet à 2h10 au lieu de 4h45 actuellement entre les deux villes, en construisant 200km de double voie nouvelle entre Tanger et Kénitra et la mise à niveau du tronçon Kénitra-Casablanca sur 150km.
Echéancier de réalisation (1) :

Avancement du projet :

Tableau de financement initial du projet :

L’estimation à ce jour est désormais(iv) de 3.000 MEuros au lieu de 1.800, ce qui constitue 56% d’augmentation par rapport à l’estimation initiale !
Répartition des bailleurs de fonds du projet (1) :

Consistance du projet (1) :
- L’acquisition des équipements ferroviaires ( voie, caténaire, signalisation, télécoms ).
- L’adaptation et la mise à niveau des lignes existantes ( Casa-Kénitra ).
- La construction de 2 bases de travaux et leur raccordement à la ligne classique et à la nouvelle ligne.
- La construction d’un atelier de maintenance des rames à grandes vitesses à Tanger.
- L’acquisition des rames à grandes vitesses
Répartition des coûts de projet (1) :

II. Bon à savoir concernant les lignes grande vitesse
Benchmark des coûts de projets TGV :

*Tableau à prendre selon années de construction des lignes, financièrement à actualiser selon coût actuel de la devise.
Conclusions et études sur la rentabilité ( voire l’utilité ) des projets TGV :
En 2008, la cours des comptes, en France, a produit un rapport d’évaluation de l’exécution du projet « TGV Méditerranée »(v). La conclusion du rapport est sans appel : « Le bilan, encore provisoire, du TGV Méditerranée montre que le bénéfice actualisé paraît proche de zéro, aussi bien pourla SNCF et RFF que pour l’ensemble de la collectivité nationale ».
Plus récemment, le magazine économique français « Challenges » a publié un article(vi) sur le 30 anniversaire du TGV français ( par 1 journaliste qui connait bien le Maroc et le TGV marocain, donc pas de surprise si prochain article soitla LGV marocaine ), le constat est le même : « Depuis 1981, les Français n’ont toujours pas fini de payer leur TGV. Une voie, cela coûte cher: 16,4 millions d’euros le kilomètre pour Rhin-Rhône, 26,5 millions le kilomètre pour Tours-Bordeaux. Résultat: la dette portée par Réseau ferré de France (RFF), le propriétaire du réseau, n’en finit plus d’enfler: de 20,5 milliards en 1997, elle frôlera les 29 milliards fin 2011. Auxquels il faut ajouter 9 milliards qui incombent àla SNCF, avec le financement des rames et du déficit des lignes ».
Le rapport français « Débat National sur l’avenir du transport ferroviaire »(vii), étude commandée par le gouvernement en 96 et plus connue sous le nom de « rapport Martinand » conforte ces idées : « Les données reproduites en annexe montrent la croissance régulière du trafic global jusqu’à la fin des années 1980 puis sa stagnation et même son recul. Ces chiffres recouvrent la montée en puissance des trafics à grande vitesse depuis 1981 et, simultanément, l’érosion régulière des autres trafics. La croissance du trafic TGV s’essouffle elle-même, elle est moindre que prévue sur le TGV Nord, et la rentabilité des nouveaux TGV se dégrade sous le double effet de la hausse des coûts de construction et de la concurrence accrue de l’aérien depuis sa libéralisation »
Surfing sur les prix d’un billet de TGV :
Il est notoirement connu que le prix du TGV peuvent être chers. Pascal Perri(2) s’est adonné à l’exercice de comparé ( Le 18 Janvier 2009 à 18h ) les prix aller retour Paris-Londres : aller avant 08h du lendemain et retour avant 19h la même journée, voici les résultats :

Consommation électrique et environnement :
Les amis écolos de France ( les amis de la terre ) nous pondent les résultats suivants(viii) sur la consommation électrique comparative TGV/conventionnel :
Les mêmes résultats, ou presque sont données par la littérature de Pascal Perri(2) auparavant cité.
Même l’argument environnemental d’émission carbone tombe à l’eau :

III. Quelques fausses idées à corriger avant d’entamer le débat
- Le TGV a été préconisé dans la « charte nationale d’aménagement du territoire »(ix) de 2001, avec comme recommandation d’assoir des « orientations spatiales devraient tenir compte des spécificités régionales et ériger certaines zones en tant que priorités spatiales dans la politique d’aménagement du territoire ».
- Le TGV reste, malgré les arguments contre, un outil important à envisager(x) pour un pays qui aspire à donner une image nouvelle.
- Grâce à la réflexion de la compensation industrielle, Alstom achètera et fabriquera(xi) au Maroc ( contre son obtention des contrats LGV et tramway ) pour 535 millions d’Euros. Ce qui aurait pu être un bel argument à priori ( et non à posteriori ).
- Les allemands ont poussé au rejet d’un prêt(xii) de 400 millions d’Euro au Maroc destiné au TGV, principalement parce que le Maroc a accordé le marché des rames à Alstom sans Appel d’offres ! On ne vit pas seuls au monde !
- Malgré le doute plané sur notre institution législative en matière de contrôle, le patron de l’ONCF et le ministre de tutelle, ont été convoqué(xiii), le 8 Avril 2008 à l’initiative du groupe parlementaire de l’USFP, à des auditions au parlement(xiv) au sujet dela LGV. Aucun rapport n’est certes diffusé au public pour l’éclairer sur ces auditions ! Lors de l’audition, le ministre s’est engagé à fournir l’étude économique et financière. Par la suite et malgré les nombreuses relances, il a systématiquement refusé. A l’issue de l’audition, tous les groupes parlementaires, à l’exception du groupe USFP, ont déclaré approuver le projet!
- Le tableau d’amortissement du projet table(xv) sur 6millions annuellement de voyageurs sur le TGV marocain. A vérifier, selon prix du ticket.
IV. Questions ouvertes au débat
- Qui a décidé et dans quelles circonstances du lancement du projet LGV au Maroc ?
- Pourquoi choisir la technologie française, sans passer par appel d’offres ? Le financement à 50% suffit-il pour justifier cet acte ( SNCF pour l’assistance aux études et Alstom pour le matériel roulant ) ? Ou s’agit-il, comme cela a été rapporté par la presse, d’une compensation du non aboutissement du contrat d’achat des rafales ?
- N’est-il pas, eu égard de la dette générée, et qui sera payée par toute une génération, de soumettre ce projet au référendum ?
- Aujourd’hui, le plan d’investissement ONCF prévoit plus de 100 Milliards de dirhams dansla LGVsur 30 ans. Autrement, le gouvernement prend la décision de construire ces lignes à grande vitesse reliant des villes déjà sur le réseau ferré ( Tanger à Marrakech ) et ne prévoit aucune liaison nouvelle des autres agglomérations, dont les habitants sont pourtant contribuables, et donc financeurs du TGV ! Peut-on formuler cela ainsi au marocains ?
- Si on imagine le scénario de construction d’une nouvelle ligne Kénitra-Tanger ( 200 km) , de mettre à niveau la ligne Casa-Tanger pour une vitesse de 200km/h ( atteignable avec le nouvel matériel roulant Prima d’Alstom acquis par l’ONCF(xvi) ), le trajet passera de 4h45 actuellement à 2h45, tout en faisant une économie plus de 25% du coût ( estimée à 9,5 Milliards de dirhams ) ce qui aurait permis de financer la liaison ferroviaire du même niveau entre Marrakech et Essaouira, voir même aller jusqu’à Agadir. Est-ce qu’on a étudié cette possibilité ?
- Est-ce que le contrat prévoit un transfert de compétences ? Autrement dit, quel est le pourcentage d’intervention des entreprises marocaines, de la main d’œuvre, de l’encadrement marocain ?
- A quel prix sera le billet Tanger-Casablanca, si le projet verrait le jour ?
Par Mamfakinch
Bibliographie :
(1) : plaquette ONCF au séminaire LGV Ifrane Mars 2011.
(2) SNCF : Un scandale français, Pascal Perri, Ed. Eyrolles, mars 2009.



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